Reprise des charters : la France sacrifie les Afghans
Tribune de jean Pierre Alaux sur http://www.rue89.com/
Combien des jeunes Afghans que la France et la Grande-Bretagne s'apprêtent à expulser par "charters" vont-ils mourir ? Quand succomberont-ils et comment ? Telles sont les questions incontournables qui se posent à quelques jours du décollage, en direction de Kaboul, du premier "vol groupé" franco-anglais depuis 2005.
Officiellement informé de l'imminence de l'opération, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a discrètement manifesté des réticences dans son langage châtié habituel:
Près de Calais, des rafles sélectives
Qu'à cela ne tienne: dans le Calaisis, les rafles sélectives d'Afghans ont été déclenchées. Rapidement vidé de ses autres occupants, le centre de rétention de Coquelles a soudain "accueilli" une soixantaine d'Afghans qui ne se doutent encore de rien. C'est que l'affrètement d'un "charter" coûte cher et que, pour rentabiliser son "investissement", le ministère français de l'Immigration veille à remplir l'appareil.
Comme d'ordinaire en pareilles circonstances, Brice Hortefeux s'efforce donc de maquiller à l'aveuglette l'illégalité à coups d'autant de décisions individuelles stéréotypées d'éloignement qu'il y a des sièges disponibles dans l'avion. En bon Etat de droit d'opérette, la France se doit de sauver... les apparences.
Massacrés au pays après avoir été expulsés d'Australie
Les apparences peut-être. Certainement pas tous les jeunes Afghans du voyage, dont on ne saura pas de quoi quelques-uns vont inévitablement mourir. Seront-ils abattus, voire décapités, comme, il y a un mois, le furent plusieurs expulsés par l'Australie ?
De ces condamnations à mort, le gouvernement français se moque. Pour lui, le principal est ailleurs. Sept ans après la fermeture, en décembre 2002, du camp de Sangatte décidée par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, il faut à tout prix tenter encore de nettoyer le Calaisis des centaines d'exilés, parmi lesquels beaucoup d'Afghans, qui continuent à essayer d'y survivre, cachés dans leurs "jungles".
Par leur présence, ils narguent les autorités françaises qui avaient imprudemment annoncé que la fin du camp entraînerait leur disparition. Sauver la face au prix de quelques vies afghanes? Qu'à cela ne tienne...
Jean-Pierre Alaux est permanent au Gisti. Et co-auteur des ouvrages "Immigration: fantasmes et réalités", la Découverte, 2008 et de "Egalité sans frontière: les immigrés ne sont pas une marchandise", Syllepse, 2001.





